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Ce que Blade Runner m'a appris sur le portrait d'entreprise

La première fois que j'ai vu Blade Runner, j'avais probablement trop jeune pour en saisir tous les enjeux philosophiques. Mais j'ai su immédiatement, viscéralement, que la façon dont ce film était filmé me touchait d'une manière que je n'arrivais pas encore à expliquer.

Ce n'était pas l'histoire. C'était la lumière.

Des néons orange qui saignent dans la pluie. Des ombres qui mangent la moitié des visages. Des contre-jours qui transforment les silhouettes en formes. Une ville qui émet sa propre lumière chaotique, dense, contrastée, où chaque plan ressemble à une peinture plutôt qu'à une documentation du réel.

Vingt ans plus tard, quand j'allume un gel orange devant un flash, je pense encore à Blade Runner. Et je me demande si les gens à qui je fais des portraits mesurent à quel point un film de science-fiction de 1982 est responsable de l'ambiance de leurs photos professionnelles.

Ce que le cinéma fait que la photographie corporate oublie

Le cinéma a compris depuis longtemps quelque chose que la photographie corporate met du temps à accepter : la lumière n'est pas là pour montrer les choses. Elle est là pour créer une expérience émotionnelle.

Dans Blade Runner, la lumière n'éclaire pas la ville de Los Angeles en 2019 pour qu'on voie bien où sont les acteurs. Elle construit un monde émotionnel, une atmosphère de mélancolie et de tension, une esthétique qui dit quelque chose sur les thèmes du film avant même qu'un personnage ouvre la bouche.

Dans la plupart des portraits corporates, la lumière éclaire la personne pour qu'on la voie bien. Mission accomplie. Portrait correct. Rien à ressentir.

La question que je me pose pour chaque shooting est donc : qu'est-ce que la lumière doit dire sur cette personne, sur ce qu'elle fait, sur l'univers dans lequel elle évolue ? Pas comment l'éclairer correctement, mais comment l'éclairer expressément.

L'orange, la nuit et le contraste

Mon style s'est construit autour de quelques constantes que Blade Runner a contribué à forger, même si d'autres influences se sont ajoutées depuis : les photographes de mode des années 60, les covers de disques soul, l'architecture brutaliste, les peintures surréalistes.

L'orange d'abord. C'est ma couleur de signature, celle qui revient dans presque tout ce que je fais. Pas parce que c'est "ma couleur préférée" au sens personnel, mais parce qu'elle fait quelque chose de précis : elle réchauffe sans adoucir, elle crée de la présence sans agressivité, et elle tranche sur presque tous les fonds sans être criarde. Dans Blade Runner, l'orange des néons n'est jamais confortable. Il brûle légèrement. C'est exactement ce que je cherche dans un portrait : une chaleur qui a du tranchant.

Le contraste ensuite. La majorité des portraits corporates se font dans une lumière "flat", équilibrée, sans ombres dures, parce que les ombres dures peuvent être défavorables et que personne ne veut prendre ce risque. Le problème, c'est qu'une lumière sans contraste donne des images sans profondeur. Pas au sens technique, au sens expressif.

Un portrait avec des ombres assumées dit quelque chose. Il a du relief, de la complexité, une présence qui attire l'œil. Ridley Scott ne filmait pas ses acteurs en lumière plate parce que les ombres l'intéressaient plus que les visages. Il les filmait comme ça parce que les ombres font partie du visage.

Ce que ça donne sur un portrait d'entreprise

Je ne vais pas prétendre que tous mes clients veulent ressembler à des réplicants sous la pluie de Los Angeles. Ce serait un brief difficile à vendre à un cabinet de conseil.

Mais ce que le style cinématographique apporte à un portrait d'entreprise, même dans une version moins extrême, c'est une qualité d'image qui sort du réalisme documentaire pur. Quelque chose qui dit "cette image a été construite" plutôt que "cette image a été capturée".

Cette différence est perceptible même pour quelqu'un qui n'a jamais vu Blade Runner et qui n'a aucune opinion sur la photographie. Elle crée une impression de soin, d'intention, de singularité. Elle fait qu'une image se remarque dans un flux plutôt que de s'y fondre.

Et dans un monde où chaque professionnel a une présence en ligne et où cette présence commence presque toujours par une photo, être remarqué plutôt que fondu dans la masse n'est pas une coquetterie artistique. C'est un avantage compétitif.

Blade Runner le savait en 1982. Il suffit d'adapter le budget.

Pour aller plus loin

Cette approche cinématographique fait partie de chaque shooting corporate.

Sur le même sujet : Le guide du portrait corporate qui ne ressemble pas à une photo identité

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